Et si nous cessions de tout juger ?

Publié le par Gaetanne42

 
  tristesse  Ce qui agace les uns indiffère les autres. Pourquoi sommes-nous sensibles à tel défaut plutôt qu’à tel autre ? Décryptage psychanalytique de nos aversions avec I. Taubes.

 

Le Physique.

 

Viser l’apparence de l’autre est généralement une façon de manifester ses doutes sur sa propre image (« Suis-je mieux ? Beaucoup moins bien ? ». J’oublie mon mal-être en me centrant sur les failles de mon prochain. Bien des remarques acérées masquent une jalousie plus ou moins consciente, à l’instar des mauvaises blagues autour des « bimbos » blondes qui, par définition, sont idiote.

Cette tendance obsessionnelle à évaluer le corps de l’autre du même sexe est aussi souvent le signe d’une homosexualité inconsciente.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                 

L’intelligence.

 

Chez certains individus, généralement de sexe masculin, l’intelligence est synonyme de virilité, de pouvoir. Viser l’intelligence de l’autre revient donc à exprimer un désir de castration de cet autre. Complimenter autrui sur son intelligence signifie que je me sens assez solide pour lui reconnaître des qualités intellectuelles. Ou au contraire que je me sens tellement inférieur qu’il ne me reste qu’à l’admirer, béat. D’une façon générale, nous avons besoin de trouver bêtes les personnes belles : une façon de nous rassurer sur notre propre valeur.

 

Le comportement.

 

Pointer la conduite de l’autre si elle se révèle hors norme est une façon de me rassurer sur ma propre normalité, sur mon appartenance au groupe des gens bien. Je révèle là mon étroitesse d’esprit ou bien ma propre peur d’être exclu de la société. Concernant le savoir-vivre, dire d’une personne qu’elle est bien élevée signifie que nous la jugeons fréquentable. Généralement, la bonne éducation est celle que nous avons reçue et transmettons à nos enfants. Déclarer que l’autre est un sauvageon revient à émettre des doutes sur son appartenance à l’espèce humaine, le traiter en sous-homme.

 

Les opinions.

 

C’est peut-être, avec le physique, le domaine dans lequel nous jugeons le plus et presque sans y penser. Le vrai dialogue est d’ailleurs une rareté, tant chacun des quelques sept milliards d’hommes & de femmes que nous sommes est intimement persuadé d’avoir raison.

La psychanalyse révèle qu’il existe une véritable jouissance dans l’acte de penser, d’élaborer des idées. Aussi les idées de l’autre  -  quand il nous frustre en nous empêchant de penser selon notre bon plaisir  -  peuvent-elles engendrer chez nous une véritable haine.


A l’inverse, nous nous identifions et aimons les êtres qui partagent nos idées. Toutefois, ne fréquenter que des gens qui pensent exactement comme nous témoigne d’une angoisse de l’altérité, d’un manque de confiance en soi.

Si les dictateurs éliminent les opposants, c’est qu’ils se savent illégitimes et ont sans cesse peur de perdre leur pouvoir !

 

Critiquer moins mais mieux.

 

De la critique constructive à la condamnation brutale, il n’y a parfois que quelques mots. Car si nous possédons une capacité innée à classer, jauger, évaluer, nous ne maîtrisons pas toujours l’art du discernement.

 

Le jugement est bénéfique quand il nous aide à construire notre identité. Nécessaire, il nous fournit des repères pour penser le monde qui nous entoure.

 

Le jugement est toxique quand il sombre dans la médisance et nous permet trop facilement de nous sentir supérieurs. Destructeur, il nous conduit au rejet de l’autre.

 

Puisque juger est une façon d’appréhender les autres & les choses, il paraît impossible de s’interdire tout jugement. L’essentiel est peut-être de rester humble et de ne jamais perdre de vue les limites inhérentes à tout savoir. N’oublions pas que lorsque nous enfermons les gens dans des cases, simultanément, nous sclérosons notre pensée et bloquons notre propre évolution émotionnelle.

 

Nous sommes programmés pour juger comme nous le sommes pour vivre. Comment les premiers organismes vivants auraient-ils survécu s’ils n’avaient disposé très tôt d’un système leur permettant de choisir entre le bon et le mauvais ?

 

Constitué chez nous de circuits « punition-récompense » se ramifiant dans les 3 étages du cerveau (reptilien, limbique, néocortical), ce système implique de multiples aires cérébrales, essentielles dans la gestion des émotions, mais aussi dans la prise décision.

 

Et la capacité à ne pas juger ? Elle exige les mêmes conditions que celle du jugement le plus objectif : l’absence de sollicitation (menaçante ou plaisante) des circuits « punition-récompense », permettant leur prise de contrôle par le lobe préfrontal (notre part la plus « intellectuelle » et la plus altruiste).

 

A défaut, le non-jugement relèverait d’un autre circuit, découvert par le médecin français Henri LABORIT dans les années 1950 : le «système inhibiteur de l’action »  -  celui qui nous paralyse quand nous ne pouvons ni lutter ni fuir !

 

Passer du non-jugement par peur ou malaise au non-jugement par sagesse, tel est l’enjeu de toute maturation psychique…

Publié dans Quelques Repères...

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