Les mythes solaires.

Publié le par Gaetanne42


    Les grandes civilisations ont toutes perçu dans le Soleil une divinité omnipotente à qui elles devaient la vie.

Les mythes se veulent un éclairage apaisant sur les phénomènes naturels encore inexpliqués. N. Gombert

 

  stonehenge    La Préhistoire.

 

Homo sapiens se tait. Os décorés, silex taillés, parois ornées, autant de dignes d’une activité intellectuelle qui reste pour beaucoup indéchiffrable. Faute de connaître les mythes de l’Homme de la préhistoire, nous en devinons les prémices. Stonehenge (sud de l’Angleterre), observatoire et temple solaire, évoque un culte solaire à peu près certain, même si les rites pratiqués nous sont inconnus. Les orientations des tombes néolithiques vers le Soleil, celles des pierres levées de Carnac en sont encore les témoignages vivants.

Sur les premières pierres gravées, on trouve des images solaires, ainsi sur une remarquable pierre dressée du Rocher-des-Doms (Avignon), voilà plus de 5 000 ans, l’artiste a représenté un Soleil à huit rayons.

 

  babylone  A Babylone.

 

C’est la civilisation babylonienne qui nous offre le 1er récit de la Création, 17 siècles avant J.-C., connu sous le nom de Enouma Elish. Au commencement, avant le temps, il n’y avait que l’eau douce, domaine du dieu Apsou, et l’eau salée, domaine de la déesse Tiamat. L’union de ces 2 divinités originelle fut fertile, et le monde se mit peu à peu en place, avec le  Temps, le Ciel (Anu), la Terre (Enlin), l’Esprit (Ea). Des luttes intestines surgirent entre tous ces dieux, et un dieu de la nouvelle génération, Mardouk, vint à bout de la vieille déesse-mère Tiamat. Du corps de la vieille déesse vaincue, de sa sève féconde, il créa un monde nouveau pourvu d’une voûte céleste où il accrocha les astres. Sin (la Lune) et Shamash (le Soleil), nés ensemble de cette dépouille, se partagèrent la maîtrise du temps : lumière du jour et lumière de la nuit. Le Soleil, qui gère les jours et les ans, est 2 fois plus puissant que la Lune qui ne dirige que les mois. La bonne marche du monde, sécurisante, est parfois altérée par la menace redoutable des éclipses : c’est au roi qu’il appartient de les conjurer par un rituel attentif. Dès cette époque reculée, le Soleil est toujours associé au pouvoir.

 

  égypte  En Egypte.

 

L’Egypte, don du Nil, est aussi un donc du Soleil fertilisant l’étroit couloir de la vallée. Pharaon, fils du Soleil, régnant sur son peuple comme l’astre du jour, donna de plus en plus d’importance à son culte. Vers 3000 avant J.-C., le Soleil et la Lune, sources de Lumière, étaient vénérés comme les 2 yeux du dieu Horus. Le pharaon Ménès, fondateur de la 1ère dynastie, transporta sa capitale à Memphis, tout près du grand centre du culte solaire, Héliopolis, qui honorait Râ. Ce dieu absorba peu à peu les attributions solaires des autres divinités, Horus et Osiris, et devint le dieu officiel de l’Etat, le plus important du panthéon égyptien. Son indéniable prépondérance le chargea de plusieurs noms. Le Soleil levant était appelé Khépri, scarabée géant poussant devant lui le disque solaire comme le scarabée sacrée pousse sa boulette de bouse : de cette boulette enterrée, les Egyptiens voyaient surgir un nouveau scarabée (elle sert, en fait, de nourriture à la larve jusqu’à sa métamorphose). Ce qui contribua à faire de cet animal le symbole de la vie, renaissant toujours comme le Soleil levant. Disque solaire, il était Aton, et au zénith, c’était Râ, le grand dieu d’Héliopolis. Au coucher, c’était le vieillard Atoum. Il était aussi appelé Râ-Horakhti, pour associer en lui les vertus de Râ et d’Horus. Chaque matin, la vache sacrée engendrait ce veau d’or, englouti chaque soir par la femme du ciel ; le Soleil était aussi parfois un œuf, pondu par Geb, dieu de la Terre, sous la forme d’une poule d’eau. Mais l’image la plus répandue est celle du parcours sur la barque solaire, où Râ accomplissait son périple sacré.

 

  grèce  En Grèce.

 

Hélios, le Soleil, lumière du monde, est fils des Titans Hypérion et Théia. Représenté comme un beau jeune homme blond, il conduit chaque matin le char de feu du Soleil, attelé de 4 chevaux ailés éclatants de blancheur, du pays des Indiens jusqu’à l’Océan. Puis il regagne l’Orient en barque, sur le fleuve Océan qui passe sous la Terre. Parmi ses multiples amantes, citons la nymphe Rhodé, à qui il offrit l’île de Rhodes où il fut particulièrement honoré (sa statue, le fameux colosse de Rhodes, s’élevait à 35 m. au-dessus de la mer et offrait, entre ses jambes, le passage aux navires), et Clymène, dont il aura pour fils l’infortuné Phaéton. Son culte, très populaire en Grèce, se retrouve aussi à Corinthe et à Rhodes.

A l’époque classique, c’est Apollon, dieu du Soleil, qui se charge peu à peu des attributions d’Hélios. Beau dieu aux cheveux d’or, protecteur des muses et des arts et aimé de tant de femmes, c’est Phoebos, le brillant, qui gagne à la fin de l’automne les pays nordiques des Hyperboréens, pour revenir passer l’été en sa résidence de Delphes, où la Pythie rendait son oracle. Son culte y est prépondérant pour toute la Grèce, ainsi qu’à Délos, île sacrée où il naquit.

Dieu ambivalent, Apollon est d’abord bienfaisant, purificateur, source de vie, et, à ce titre, dieu pastoral, poète et musicien, dont l’oracle répand la clarté sur les hommes. Mais, en ces régions de Soleil impitoyable, il présente aussi une autre facette, celle du destructeur (le verbe grec apollumi signifie détruire) : les Anciens voyaient parfois dans les rayons du Soleil des flèches meurtrières, celles que le cruel archer de Niobé, ou sur la population de Thèbes décimée par la peste, au début d’Œdipe Roi de Sophocle.

Créateur et destructeur, il est l’incarnation de l’ordre du monde et de l’harmonie. Sa toute-puissance reparaîtra sous l’Empire romain avec le culte oriental de Mithra (nommé, avant le Christ, Sol invictus) et tendra de plus en plus vers un monothéisme récupéré par le christianisme.

 

  aztèques  En Amérique Centrale & Amérique du Sud.

 

Les Aztèques, peuple élu du Soleil, occupants de l’actuel Mexique, croyaient que 4 mondes avaient précédé le notre et s’étaient effondrés lors de cataclysmes : ce sont les « quatre soleils », et nous vivons actuellement le cinquième, né des efforts de deux dieux, Quetzalcóatl, le serpent à plumes, dieu de la lumière, et Tezcatlipoca, dieu des ténèbres, miroir fumant, qui avait relevé le monde. Mais ce cinquième monde restait noir & froid, et les dieux créèrent le Soleil, né du sacrifice & du sang : ils se jetèrent dans un énorme brasier à Teotihuacan, et de leur sang naquit le Soleil. Ressuscité de ce sacrifice, Quetzalcóatl créa la nouvelle humanité avec les os de ces morts imprégnés de son sang.

 

Création tragique & sanglante, qui fait de la mort la source fondamentale de la vie. Vie qui dépend étroitement de celle du Soleil, à qui il faut offrir, chaque jour « l’eau précieuse » (chalchiuatl), c'est-à-dire le sang humain, pour ne pas sombrer dans les ténèbres. Le dieu Soleil, Tonatiuh, est souvent représenté la langue pendante, réclamant les offrandes de sang humain. Sous un autre nom, Uitzilopochtli était le Soleil au zénith, le Soleil écrasant de midi, représenté par un aigle tenant dans son bec le serpent étoilé de la nuit.

 

Le sacrifice humain, chez les Aztèques, n’était inspiré ni par la cruauté, ni par la haine, mais par le devoir sacré envers le Soleil, et pour assurer la pérennité de l’homme. Le prêtre qui accroche le cœur du sacrifié au sommet de la pyramide diffère ainsi le cataclysme toujours imminent. Messager envoyé aux dieux, le sacrifié est investi d’une mission mystique, et honoré comme tel, qu’il soit prisonnier de guerre ou victime vouée au sacrifice pour les dieux.

Les Incas, tribu du peuple Quichua, au Pérou, avait pour souverain le Grand Inca, fils du Soleil est vénéré comme lui. Dans leur panthéon, le Soleil, divinité masculine, s’unit à sa sœur la Lune et engendre avec elle les étoiles. L’importance du culte solaire est liée au rôle prépondérant du pourvoir impérial.

 

  afrique2  En Afrique.

 

Moins fortement hiérarchisées, les sociétés africaines présentent des cultes solaires moins marqués, souvent liés seulement à la météorologie. Au Togo, les Dagombas voient dans le Soleil un champ de foire où vit le bélier de Dieu. Lorsqu’il frappe le Soleil de ses sabots, il tonne, et l’éclair est produit par l’agitation de sa queue. Le vent émane du souffle de son galop, et la pluie de la chute de flocons de laine de sa toison. Il est l’œil du dieu suprême pour les pygmées Semong et les Bochimans. Chez les Dogons du Mali, il est femelle, représenté comme un pot de terre chauffé à blanc (image de la matrice), entouré d’une hélice de cuivre fécondante, image que l’on retrouve aussi chez les Fali du Cameroun.

 

  asie2  En Asie.

 

En Chine, de multiples soleils embrasaient la Terre (il y en avait dix), répandaient la sécheresse et s’opposaient à la pluie fécondante : nous sommes ici en présence d’un aspect destructeur de l’astre. Ils durent être abattus à coups de flèches de l’Arbre de Vie, symbole de la résurrection. C’est le Yang par rapport à la Lune Yin, principe actif de la connaissance, plus philosophique que mythique. C’est souvent l’emblème de Vishnu et de Bouddha (appelé l’Homme d’or, le Bouddha-Soleil dans certains textes chinois).
Les Veda font du Soleil le centre du ciel, le cœur du monde. Demeure de Brahma, il est l’esprit universel, au centre de la roue zodiacale.


Au total, les grandes civilisations orientales dont du Soleil plus un symbole qu’une véritable divinité.

 

  eglise.jpg  Quelques survivances.

 

Dans les religions judéo-chrétienne et islamique qui ont rythmé nos civilisations, il n’y a aucun mythe solaire ; le Soleil n’est pas Dieu mais il est soumis à sa puissance : dans le Livre de Josué, ce dernier fort de l’aide de Yahvé, fit arrêter le Soleil, immobile un jour entier au milieu du ciel. Mais le christianisme sut très bien intégrer les fêtes païennes, et la nativité du Christ fut célébrée à Noël pour le solstice d’hiver, alors que, au solstice d’été, nous conservons les vieilles traditions des feux de la St-Jean.

Publié dans LES SYMBOLES

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